Accueil > Liste des actualités > "Il n’y a pas de choix à faire entre normalisation et brevet : ils sont compatibles et complémentaires" - Témoignage
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Responsable Veille Technologique et Propriété intellectuelle à Hutchinson Activité Systèmes de Transmission, M. Rousseau assure depuis 2009 la présidence d’un sous-comité international dédié aux courroies de transmission par friction. Il témoigne de l'importance de la normalisation pour son entreprise.
Depuis votre nomination à la présidence du sous-comité le programme de travail de cette structure a été réactivé. Pouvez-vous nous présenter les travaux menés par l’ISO/TC41/SC 1 et les actions effectuées pour relancer ces travaux ?
Christophe ROUSSEAU - Indépendamment des activités de revues systématiques, de nouveaux projets ont été proposés à l’ISO/TC41/SC 1 notamment sur la conductibilité électrique, la fatigue des courroies, les courroies élastiques. Ces trois sujets à eux seuls génèrent beaucoup d’échanges, de discussions au sein du sous-comité, ce qui montre l’intérêt apporté.
Dès mon arrivée, j’ai repris le pack des normes. Il était alors assez ancien et concernait principalement les revues systématiques. Or, il fallait aller au-delà : s'attacher véritablement au cœur même des normes et les réviser de manière profonde. Ma première action a été de regarder, dans le détail, le contenu des normes et leur adaptation au marché. Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de normes trop anciennes. Mon travail a été de remettre en adéquation les normes par rapport à la réalité du terrain et aux évolutions en interne. Ce fut le cas par exemple pour les projets sur les essais de fatigue (l’ISO/CD 11749) mais aussi sur l’ISO/CD 1813…des projets qui sont encore en cours actuellement. J’appliquerai la même démarche pour les projets à venir. Il nous faut regarder si les normes sont toujours actives et si elles doivent évoluer. C’est un véritable travail de fond.
Le sous-comité suit également l’actualité du marché et propose de nouveaux sujets par exemple l’ISO 1081 « Transmissions par courroies - Courroies trapézoïdales et striées, et poulies à gorges – Vocabulaire ». L’idée est de mettre à jour la norme avec les nouveaux produits.
Enfin, depuis 2009, nous avons mis en place des groupes de travail. Aujourd’hui, le sous-comité compte huit groupes de travail au total.
Vous êtes Responsable Veille Technologique et Propriété Intellectuelle au sein d’Hutchinson Activité Systèmes de Transmission, fabricant de produits caoutchouc et élastomère. En quoi consiste votre activité ?
C. R – Hutchinson Activité Systèmes de Transmission développe, fabrique et commercialise les produits rentrant dans les entrainements d’accessoires tels que courroies, systèmes tendeurs, systèmes filtrage, poulies et galets. Nous apportons également une compétence dans les calculs systèmes, produits qui aident et orientent nos clients dans leur choix. Nous disposons de nombreux moyens d’essais couvrant l’ensemble des marchés où nous sommes présents tels que l’Automobile, l’Electro Ménager, l’Industrie. Dans ce cadre de développement fort et de concurrence active, j’ai en charge à la fois la Veille Technologique des différents acteurs de notre marché et également la Protection Intellectuelle de nos propres développements.
Ceci permet de faire rapidement les liens entre les développements de nos concurrents et nos propres développements. On peut définir à la fois les domaines d’exploitation sans risques de contrefaçon et les domaines de protection nécessaire à la sortie d’un nouveau produit.
Quelle est la place de la normalisation dans la démarche de propriété intellectuelle d’un groupe international tel qu’Hutchinson ?
C.R - Au niveau de l’Activité Systèmes de Transmissions, nous sommes amenés à répondre à des contraintes de plus en plus importantes notamment dans le domaine du bruit, du rendement et de la consommation énergétique...Nous devons trouver des solutions innovantes qui font donc souvent l’objet de protection intellectuelle. Il est évident que lorsque nous disposons d’un droit de propriété, nous tenons à conserver un minimum d’exclusivité donnant un avantage concurrentiel. C’est la règle.
Lors des développements, nous pouvons mettre en œuvre des méthodes et moyens d’essais caractérisant justement le problème nouveau (par exemple : bruit, détension). Ces méthodes d’essais révélant bien le phénomène (le problème à résoudre) peuvent être normalisables. Cela va d’ailleurs être le cas dans le domaine des courroies élastiques.
Dans le domaine couvert par le sous-comité, qu’est-ce qui vous a fait plutôt choisir la normalisation internationale que le brevet ?
C. R - En fait, les deux aspects sont compatibles et complémentaires. Il n’y a pas de choix à faire entre les deux. Lors d’un développement de produit nouveau, nous privilégions la propriété intellectuelle qui donne un avantage concurrentiel évident. En parallèle, nous pouvons fort bien imaginer de normaliser uniquement les méthodes qui ont été mises en œuvre lors de ce développement. Exemple : dans le domaine des courroies élastiques pour l’automobile, nous avons mis en œuvre une méthode d’essai révélant bien les phénomènes de détension. Elle permet de bien hiérarchiser les différents produits. Il n’existait auparavant aucune méthode révélatrice du phénomène. Cette méthode parait donc normalisable et permettra aux clients de comparer les différents produits de manière claire. Nous veillons à ne pas normaliser les résultats et les performances obtenues, cela irait à l’encontre du principe de normalisation.
Vous êtes également nommé chef de projet sur cinq projets de norme. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette autre mission ?
C.R - Cette mission s’inscrit fort logiquement dans la continuité du rôle attendu par un membre participant activement à la normalisation. Il s’agit de contribuer aux évolutions des normes existantes et aussi aux nouveaux projets. Les normes ne sont pas statiques. Leurs évolutions voire les créations par rapport aux nouveaux besoins sont nécessaires. Il convient d’assurer une présence et une veille permanente sur elles, d’où une forte implication à travers les projets. Le chef de projet est l’élément dynamisant du groupe.
N.B : Christophe Rousseau est chef de projet pour les normes ISO/CD 11749 « Transmissions par courroies - Courroies striées pour la construction automobile - Essai de fatigue », ISO/CD 1813 « Transmissions par courroies - Courroies striées, courroies trapézoïdales simples et jumelées y compris celles à section large et hexagonales - Conductibilité électrique des courroies anti-électrostatiques: Spécifications et méthodes d'essai », ISO/NP/CD 1081 « Transmissions par courroies - Courroies trapézoïdales et striées, et poulies à gorges – Vocabulaire » , ISO/FIS 254 « Transmissions par courroies - Poulies - Qualité, état de surface et équilibrage » et ISO/FDIS 5291 « Transmissions par courroies - Poulies à gorges pour courroies trapézoïdales jumelées classiques - Sections de gorge AJ, BJ, CJ et DJ (système effectif) » .
Comment considérez-vous le retour sur investissement en normalisation internationale pour Hutchinson Activité Systèmes de Transmission (benchmark avec les autres participants du TC, apport en expertise…) ?
C. R - C’est un sujet délicat à appréhender car difficilement chiffrable immédiatement. On peut simplement affirmer que la présence au cœur de la normalisation à elle seule peut influencer les orientations prises dans les projets. Le fait de pouvoir normaliser des méthodes différenciant clairement les produits entre eux est un atout commercial fort.
Il faut aussi être très attentif aux élargissements de tolérance parfois demandés, pour des raisons de coûts, qui ne répondent plus aux réelles exigences fonctionnelles. L’ouverture n’est pas toujours souhaitable. La norme doit être un garde-fou. Aussi, cela permet de garder la main sur le marché, ce qui est en soi un retour d’investissement.
Selon vous, en quoi la normalisation peut-elle aider au développement de l’innovation ?
C. R - Lorsque la normalisation est issue de nouvelles directives ou de contraintes liées au marché (tel que l’environnement…), il est nécessaire de définir au préalable les normes adaptées qui vont permettre alors de développer de nouveaux produits. C’est un défi à relever, mais quand le résultat est au bout, il faut en tirer les fruits. Nous revenons alors à la case Protection Intellectuelle. Hutchinson Activité Systèmes de Transmission est notamment confronté à des contraintes liées au marché et non à des directives. Nous devons avant tout travailler sur des spécifications et faire en sorte qu’elles aident au développement des nouveaux produits. Il faut qu’elles soient adaptées et pas inatteignables. En tant que participants, experts en normalisation, nous devons veiller à ce que les projets de normalisation soit « raisonnables ».
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