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Philippe BONNEVIE AUTF (Association des Utilisateurs de Transport de Fret) Délégué général |
Quelle importance accordez-vous à la normalisation et aux autres standards ?
À franchement parler, la normalisation n’est pas le pain quotidien des chargeurs, même si nombre d’entre eux utilisent au quotidien des procédures Iso 9000, aux rédactions desquelles ils ont probablement concouru pour la partie transport. Cela étant, les chargeurs sont de plus en plus réticents à subir des réglementations contraignantes et ne peuvent qu’être tentés par l’aspect normatif. Un exemple : la sûreté de la chaîne logistique européenne, qui fut d’abord envisagée sous l’angle d’une directive puis d’un règlement et qui l’est maintenant sous l’angle de la normalisation.
Que retenez-vous côté normalisation française, européenne et internationale de l’année 2008 ? Quel a été votre investissement normatif ?
L’Association des utilisateurs de transport de fret (AUTF) n’a pas par principe la fibre normalisatrice systématique. Ce n’est pas notre cœur de métier et nous sommes un peu béotiens lorsque l’on aborde les techniques de normalisation. Nous nous positionnons avant tout en fonction des projets proposés. Ainsi notre implication a-t-elle été plus importante l’an dernier que les années précédentes en raison de l’actualité.
Deux sujets nous ont motivés à renforcer notre participation : la sûreté, déjà évoquée, qui nous a amenés à nous impliquer fortement, et les questions relatives à l’évaluation des émissions de gaz à effet de serre (GES) des transports de fret. De ce fait, notre participation au Cos Transport n’en a été que plus importante, étant donné que c’est souvent à ce niveau que se prennent les décisions de lancement d’un projet ou d’un autre.
En quoi les mécanismes collectifs de normalisation peuvent-ils aider à répondre aux défis qui se posent à votre organisation ?
Notre philosophie générale est d’accorder la primauté à la négociation et aux contrats qui en découlent plutôt que de s’en remettre au domaine réglementaire. L’esprit de la normalisation s’inscrit dans cette conception.
C’est aussi une façon d’échapper aux règles « à la française », que le monde entier nous envie certes, mais que nous sommes généralement les seuls à appliquer. La normalisation a au moins l’avantage d’aboutir à des décisions consensuelles dont l’homogénéité permet d’éviter les distorsions de situations et de concurrence. Notre demande très forte pour que les méthodes d’évaluation des émissions de GES fassent l’objet d’une méthodologie validée par le Comité européen de normalisation (Cen) illustre parfaitement notre position en la matière.
Comment appliquez-vous les normes qui concernent votre organisation ?
En tant qu’association professionnelle, l’AUTF n’est pas directement concernée par cette question, mais nous sensibilisons nos adhérents aux normes les concernant. Ainsi nous les avons tenus informés du projet de norme de calage et de saisissage des véhicules routiers tout en conduisant une action de sensibilisation sur ce sujet encore mal appréhendé en entreprise. De même, nous les avons consultés avant de prendre position sur le dossier de l’unité européenne de chargement intermodale (UECI).
Quel est le retour sur investissement(s), matériel et surtout immatériel, de votre mobilisation ?
C’est avant tout la satisfaction du devoir accompli lorsque nous atteignons nos objectifs. De ce point de vue, 2008 aura été une année faste. Succès (au moins provisoire) pour les normes de sûreté, un résultat qui nous convient en matière de norme de saisissage, avec la satisfaction de constater que la proposition de création d’une commission de normalisation pour le calcul des émissions de GES des transports de fret, réclamée avec force par l’AUTF et portée par Afnor, est favorablement accueillie par le Cen.
Voyez-vous poindre dans votre activité de nouveaux défis en terme de normalisation auxquels vous n’étiez pas jusqu’alors confronté ?
Ce qui figure déjà dans l’agenda à venir suffit déjà à notre peine ! Néanmoins, nous pensons que la nouvelle stratégie de la Commission européenne fondée sur le « moins de législation » devrait donner toujours plus de grain à moudre aux processus de normalisation. Le danger à terme serait d’ailleurs de risquer une overdose de normes.
Source : Enjeux
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Bernard GAUTIER SNCF Directeur du service normalisation harmonisation (Norha) |
Quelle importance accordez-vous à la normalisation et aux autres standards ?
Pour la SNCF, les référentiels écrits ont toujours constitué la base de la capitalisation de la connaissance et du savoir-faire. Ils servent bien entendu de fondement à la transmission des compétences. C’est grâce au respect de ces référentiels que le chemin de fer est un des moyens de transport le plus sûr et le plus respectueux de l’environnement et ce malgré les augmentations successives des vitesses de circulation.
Alors que pendant longtemps les référentiels étaient des documents internes, la libéralisation des marchés et le recentrage de ses activités sur ses fondamentaux conduisent la SNCF à s’appuyer désormais sur des référentiels d’une plus grande légitimité, notamment sur des textes réglementaires – spécifications techniques d’interopérabilité (STI) approuvées par des décisions de la Commission européenne – et des normes, à l’élaboration desquels elle contribue par une participation active en apportant sa longue expérience.
La normalisation, essentiellement européenne, constitue dès lors un facteur de pérennité du transport ferroviaire à travers sa sécurité, ses performances et son image citoyenne vis-à-vis de l’environnement. Le respect des normes est une garantie de compétence pour les clients, qu’ils soient autorités organisatrices, voyageurs ou chargeurs.
Que retenez-vous côté normalisation française, européenne et internationale de l’année 2008 ? Quel a été votre investissement normatif ?
L’année 2008 se caractérise comme l’année au cours de laquelle le développement durable, et tout ce qui s’y rattache, a pris sa pleine mesure. Certes, depuis quelques années, ce sujet était effleuré, souvent sous le seul aspect de l’impact sur l’environnement immédiat. Le monde ferroviaire était depuis longtemps sensible à ce sujet, avec des initiatives parfois cataloguées partisanes, comme ce fut le cas de l’écocomparateur (notamment faute de référentiel), mais ce type de démarche a peut-être participé à la prise de conscience actuelle.
En quoi les mécanismes collectifs de normalisation peuvent-ils aider à répondre aux défis qui se posent à votre organisation ?
La normalisation est le plus souvent d’application volontaire, mais elle ne peut asseoir sa légitimité que sur une reconnaissance aussi large que possible. Une norme n’est pas l’œuvre d’une personne isolée décrivant sa vision des choses. Une norme doit être partagée par tous les acteurs. C’est la raison pour laquelle, à l’aspect collectif de son élaboration, qui est très important, il faut ajouter la notion de consensus sur son contenu afin d’aboutir à son acceptation et son application réelle.
Il convient là d’émettre une réserve : pour parvenir à ce consensus, certains items peuvent parfois ne pas être retenus dans le texte final. C’est la raison pour laquelle une participation active est essentielle, avec des représentants doués d’une capacité pédagogique et d’une grande maîtrise du sujet afin d’éviter, d’une part, le piège de la norme incomplète et, d’autre part, le risque d’une surenchère dans les exigences.
Comment appliquez-vous les normes qui concernent votre organisation ?
Le domaine ferroviaire étant très réglementé, les normes représentent les outils de base qui permettront de vérifier la conformité à la réglementation. L’importance des normes dites harmonisées apparaît clairement, car, outre avoir reçu un consensus collectif, elles apportent une présomption de conformité reconnue à une ou plusieurs exigences de législation explicitement précisées.
Quel est le retour sur investissement(s), matériel et surtout immatériel, de votre mobilisation ?
L’investissement de la SNCF dans la normalisation, ce sont près de trois cents experts qui participent ou animent des groupes de travail en France, en Europe et à l’international, dans des domaines mécaniques, électriques et même télécoms bien sûr, mais également les ressources humaines, le marketing, les services, le social, la sûreté, etc.
Les normes constituent la base de la vérification de la conformité à la réglementation. Elles permettent aussi l’harmonisation des méthodes et des produits, réduisant par conséquent les coûts globaux de possession, c’est-à-dire d’achat, d’exploitation et d’élimination.
Voyez-vous poindre dans votre activité de nouveaux défis en terme de normalisation auxquels vous n’étiez pas jusqu’alors confronté ?
Nous vivons dans un monde libéral et paradoxalement de plus en plus normatif. Aujourd’hui, quelle entreprise peut encore conquérir des marchés si elle n’affiche pas son sérieux et notamment son aptitude à travailler en qualité par une certification Iso 9001 par exemple ? Mais nous vivons aussi dans un monde de plus en plus agressif et dangereux, non seulement sur le plan économique ou technologique, mais par exemple en matière de sûreté.
Il convient toutefois d’être vigilant pour éviter que, sous couvert d’une norme intégrant la protection des biens et/ou des personnes, une forme de protectionnisme se mette en place, faussant ainsi la concurrence malgré le libéralisme affiché.
Source : Enjeux