
comment le changement climatique s’invite dans votre démarche qualité
Petite révolution début 2024 : le changement climatique a fait son entrée comme point de questionnement dans plusieurs référentiels phares, dont l’ISO 9001, par ailleurs en révision. Pour les organisations engagées dans une démarche qualité, des PME aux grands groupes, l’enjeu n’est pas seulement environnemental. Il s’agit aussi d’identifier les risques climatiques susceptibles d’affecter la production, les prestations, la continuité d’activité, la satisfaction client et les engagements pris auprès des donneurs d’ordre et des parties prenantes. En quoi cet ajout modifie-t-il la démarche qualité ? Éléments de réponse.
Qualité et performance
Le changement climatique ne peut plus être caché sous le tapis
Au vu de ses effets de plus en plus flagrants, le changement climatique ne peut plus être caché sous le tapis des comex d’entreprise. Le scénario business as usual n’est plus tenable. En ce sens, le fait que l’Organisation internationale de normalisation fasse ajouter le sujet comme nouveau point de questionnement dans les enjeux et exigences posés par les grandes normes ISO de systèmes de management n’est pas un scoop. Nous en parlions ici au lendemain de la publication de cet amendement.
Pour autant, dans le monde de la qualité, pleinement concerné au sens où l’ISO 9001 fait partie des normes impactées, la mesure n’est pas anodine. Elle touche directement la compréhension de l’organisme, son contexte, ses objectifs qualité et l’engagement de la direction dans la mise en œuvre du système de management.
« La norme volontaire ISO 14001 questionne l’influence des entreprises sur leur environnement. Avec la version amendée de l’ISO 9001, c’est la logique inverse : comment l’environnement, et en l’occurrence le changement climatique, impactent les organisations »
Vincent Gilletsecrétaire général adjoint d’AFNOR, fin connaisseur du sujet
Quelle est la clause environnementale de la norme ISO 9001 ?
À proprement parler, l’ISO 9001 ne comporte pas de “clause environnementale” comparable à l’ISO 14001. L’amendement climat intervient surtout dans la lecture du contexte de l’organisme et des attentes des parties intéressées, en particulier dans les chapitres de la norme qui portent sur le contexte et la planification. Il invite l’entreprise à se demander si les changements climatiques peuvent affecter son système de management de la qualité, ses processus ou sa capacité à livrer le niveau de service attendu.
Cette précision est importante : l’ISO 9001 ne devient pas une norme environnementale. Elle reste une norme de management de la qualité, centrée sur la capacité d’une organisation à fournir des produits et services conformes, à maîtriser ses processus et à satisfaire ses clients. C’est aussi ce qui fait de la certification ISO 9001 un cadre structurant pour obtenir des résultats cohérents dans la durée. Là où l’ISO 14001 interroge les impacts de l’entreprise sur l’environnement, l’ISO 9001 invite ici à regarder comment l’environnement, et notamment le changement climatique, peut affecter la continuité et la qualité de l’activité. Cette logique s’inscrit dans la démarche qualité et performance portée par AFNOR.
Qu’il s’agisse de phénomènes météorologiques extrêmes (une crue soudaine) ou de transformations climatiques plus profondes (une sécheresse qui devient récurrente), chaque semaine ou presque charrie son lot d’événements liés, de près ou de loin, au changement climatique. Et impacte, de près ou de loin aussi, la performance d’une entreprise auprès des clients, des fournisseurs et de sa chaîne d’approvisionnement.
Prenons l’exemple d’une imprimerie située dans les Pyrénées-Orientales, département qui fait face à une pénurie d’eau depuis plusieurs années, poursuit Vincent Gillet. C’est un bouleversement majeur pour ses activités, puisque les arrêtés de restrictions d’eau limitent sa capacité de production. Sa démarche qualité est directement concernée : sans production, pas de satisfaction client.
Référentiel ISO 9001 environnement : identifier les risques
Mais pour autant, une démarche qualité ne va ni faire pleuvoir, ni relancer la production… Alors que faire ? Vincent Gillet répond : « Tout l’intérêt repose sur la continuité de l’activité. En se pliant à l’exercice d’identifier les risques et opportunités demandé par l’ISO 9001, l’entreprise va mieux cerner les menaces qui pèsent sur elle, notamment climatiques, comme une pénurie d’eau dans notre exemple. Elle va donc s’armer, dans une logique d’amélioration continue de ses pratiques. Par exemple en élaborant un plan de sobriété hydrique. »
L'importance de l'analyse des risques
Dans une lecture ISO 9001 environnement, l’analyse des risques et opportunités permet de relier ces événements à des conséquences très concrètes : capacité de production réduite, retards de livraison, non-conformités potentielles, tensions fournisseurs, information client à renforcer ou plan de continuité à formaliser. L’enjeu n’est donc pas d’ajouter un sujet à côté du système de management de la qualité, mais de vérifier si le SMQ ISO 9001 reste robuste face à ces nouvelles contraintes. Cette lecture peut aussi faire émerger des opportunités d’amélioration, des bonnes pratiques à formaliser et, le cas échéant, des actions correctives à suivre.
Un exemple dans la région de Beauvais
Dans la région de Beauvais (Oise), Vincent Blache, responsable développement du groupe AFNOR pour les thématiques qualité et performance, a été confronté à une autre conséquence du changement climatique. À la suite d’une crue majeure, tous les locaux d’une entreprise qu’il a auditée ont été inondés, détruisant une partie du matériel et stoppant l’activité pendant de longues semaines.
En s’appuyant sur l’analyse des risques d’ISO 9001, l’entreprise a aménagé des zones de pompage, une nouvelle politique en matière de stock (localisés par exemple chez les fournisseurs), un système de protection des machines et des investissements pour rendre la zone plus imperméable,
Vincent Blacheresponsable développement du groupe AFNOR pour les thématiques qualité et performance.
Dans un audit sur site, ce type de réponse permet aussi de documenter les décisions prises et de montrer comment les non-conformités potentielles sont maîtrisées. Loin d’être un sujet réservé aux seuls qualiticiens, l’ISO 9001 joue donc ici un vrai rôle de garde-fou climatique.
Processus ISO 9001 = Anticiper pour moins subir
Tous les secteurs devraient en prendre de la graine ! En plein été, les canicules à répétition ralentissent, voire mettent à l’arrêt, les chantiers du BTP. Identifier ce risque, c’est adapter ses plannings et mieux anticiper, voire agir directement sur l’environnement avec des matériaux plus isolants et plus responsables, en cohérence avec une démarche RSE, le développement durable et la transition écologique engagée par de nombreuses entreprises.
De nombreuses industries doivent aussi revoir leurs stratégies d’investissement. Revisitée avec le volet climat, l’ISO 9001 aide ainsi à percevoir les effets d’une hausse des températures sur les installations de refroidissement, notamment dans les secteurs qui exigent des températures régulées. Quitte, parfois, à repenser ses choix d’implantation !
La non-décision représente un coût économique, le maître mot reste l’anticipation
Pascal Thomasauditeur qualité sectorielle, groupe AFNOR.
« En cela, le changement climatique est parfaitement légitime à orienter une démarche qualité, avec des outils de questionnement matriciel comme SWOT et PESTEL par exemple, prolonge Pascal Thomas, auditeur qualité sectorielle, groupe AFNOR. Avec ces méthodologies, un fabricant de pièces de moteurs thermiques saura prendre de l’avance pour se réorienter vers d’autres activités ou modifier sa production, pour fournir d’autres éléments à l’industrie automobile de demain. Toute la chaîne de valeur se retrouve concernée : des achats à la production, de la connaissance organisationnelle à la prise de décision stratégique. »
Diagnostic ISO 9001:2015 : cartographie des risques
Cette étape peut utilement être formalisée dans une cartographie des risques climatiques appliquée aux processus clés : production, achats, maintenance, logistique, relation client, ressources humaines ou pilotage des fournisseurs. L’entreprise peut ensuite prioriser les activités critiques, définir les plans d’action, documenter les responsabilités, suivre quelques indicateurs et réexaminer ces points lors des revues de direction. C’est le prolongement naturel de l’approche processus et de l’amélioration continue prévues par l’ISO 9001:2015. Cette démarche peut commencer par un diagnostic initial, parfois complété par une analyse pour mesurer l’écart entre les pratiques existantes et les attentes du référentiel.
ISO 9001 AFNOR : montrer patte blanche aux donneurs d’ordres
L’autre aspect à prendre en compte concerne les attentes des donneurs d’ordres. Dans le cadre de la directive européenne de 2022 sur le reporting de durabilité (dite CSRD, révisée fin 2025), les grandes entreprises doivent chiffrer, à l’aide d’indicateurs standardisés, leurs émissions de gaz à effet de serre : leurs émissions directes, liées à leurs activités, mais aussi leurs émissions associées et leurs émissions indirectes, celles du « scope 3 », incluant les émissions de leurs sous-traitants. Et l’ISO 9001 toilettée à l’heure de l’amendement climat peut aider ces derniers à montrer patte blanche aux yeux de donneurs d’ordre dont les exigences RSE se structurent progressivement.
Dans certains secteurs, notamment les marchés publics, cette capacité à documenter sa démarche qualité et climat devient aussi un atout majeur pour l’image de marque et la confiance accordée à l’entreprise. « Certains appels d’offres incluent déjà des clauses de RSE », notamment sur le bilan carbone, souligne Erwan Chagnot, délégué régional d’AFNOR en Bretagne.
Sans exception, les entreprises doivent engager des actions pour réduire leurs émissions et continuer à décrocher des marchés. L’ISO 9001 permet d’analyser le contexte, structurer une réponse et lancer sa démarche. Pour les organisations les plus matures, et/ou disposant d’un système de management intégré, elles pourront utilement faire le lien avec l’ISO 14001
Erwan Chagnotdélégué régional d’AFNOR en Bretagne
Tôt ou tard, ce sont donc bien toutes les entreprises qui devront raccrocher ces enjeux à une démarche qualité. Pour les organismes engagés dans une certification ISO, l’enjeu consiste à intégrer ces évolutions réglementaires et climatiques sans perdre de vue la satisfaction client.
ISO 9001 version 2026 : préparer la transition sans attendre
Ne soyez donc pas surpris que la prochaine version de la norme, actuellement en chantier et attendue en octobre 2026, mette encore plus formellement l’accent sur le changement climatique. Les dernières actualités publiées par AFNOR indiquent que les exigences de l’amendement climat A1 de février 2024 seront intégrées dans la version révisée. Elles signalent aussi d’autres évolutions à suivre : continuité d’activité en cas de concrétisation d’un risque, séparation plus nette des risques et des opportunités, culture qualité, comportement éthique ou encore technologies émergentes.
Pour les organisations certifiées, la transition se préparera sur trois ans après la publication de la norme. AFNOR Certification précise que tous les certificats ISO 9001 actifs devront être sous la version 2026 au 36e mois après publication, soit au troisième trimestre 2029 si le calendrier annoncé est confirmé. Les audits de suivi ou de renouvellement pourront servir de point d’appui pour mesurer le niveau de maturité et préparer l’audit de transition.
Pensez également à AFNOR BAO : pour celles et ceux qui voudraient faire du sujet qualité et climat un sujet à confier à un expert extérieur, le temps d’une mission, le groupe AFNOR vous trouve le spécialiste des normes près de chez vous. Un expert peut vous aider à identifier les documents indispensables, à revoir les objectifs qualité, à renforcer l’implication du personnel et à préparer les échanges avec l’organisme certificateur. Ce recours peut notamment aider à réaliser un diagnostic ISO 9001, préparer les équipes QSE, revoir l’analyse des risques et opportunités, ou articuler ISO 9001 et ISO 14001 dans un système de management intégré.




