
ISO 29997 : une norme pour prendre les stagiaires au sérieux
Une norme pour mieux accueillir les stagiaires ? Vraiment ? Oui, en tous cas, une norme volontaire ! Car les stagiaires sont les actifs de demain et le stage représente souvent leur premier contact structurant avec le monde de l’entreprise. C’est donc une rencontre à ne pas rater. La norme NF ISO 29997 de décembre 2025 a été pensée pour tous les organismes qui accueillent des stagiaires, ont conscience de leur rôle d’éclaireur et se soucient de leur marque employeur.
Qualité et performance
Génération précaire, génération stagiaire
… Vous vous souvenez de l’année 2005 ? Les stagiaires faisaient entendre leur voix, entre blogs, flashmobs et manifestations de rue. Nous sommes sans droits, sans statut, sans salaire, et jetables comme des Kleenex
, On m’a dit que c’était ça ou pas de travail du tout
... Pour contourner le droit du travail, les entreprises ont recours aux stagiaires, une main d'œuvre qualifiée, jetable, quasi-gratuite et hyper-motivée
, pouvait-on lire alors.
Depuis, quelques progrès ont été faits. La loi du 31 mars 2006 a notamment rendu obligatoire la gratification pour les stages de plus de trois mois. Un seuil abaissé à deux mois fin 2009. On n’est pas loin, ici, d’une exception française. Et c'est justement ce coup d’avance de notre pays qui a donné naissance à une norme volontaire internationale en décembre 2025. Portée par la France, l'ISO 29997 est le premier texte au monde à fournir une méthode pas à pas pour bien accueillir un stagiaire dans l’entreprise, de la rédaction de l’offre de stage jusqu’aux points d’étape pour aider le stagiaire à progresser.
Nous avons rencontré trois professionnelles qui se sont penchées sur le berceau de la norme : Sana Ronda, directrice générale de Linguaphone, Celica Thellier d'Auzers, cofondatrice de ChooseMyCompany et Stéphanie Devèze, directrice de projet au rectorat de la région académique Occitanie, passionnée par l’insertion professionnelle des jeunes depuis plus de vingt ans. Dans ce texte, nous avons croisé les besoins des stagiaires et ceux des entreprises, explique-t-elle. La norme est destinée aux entreprises. Les ETI (celles qui sont de taille intermédiaire), à mon sens, constituent le cœur de cible, car elles peuvent s’engager à accueillir des étudiants dans des conditions de qualité, même si elles pensent souvent ne pas en être capables.
Stagiaires : la rémunération en débat
Les pays qui ont participé à la rédaction cette norme se sont entendus facilement sur les bénéfices apportés par le stagiaire, qui permet à l’entreprise de connaître les compétences indispensables demain, ou encore de renforcer ses compétences managériales, via les tuteurs. Parmi les points de friction durant les échanges internationaux : la question de la rémunération, bien sûr. À part la Roumanie et la Bulgarie qui avaient elles aussi déjà des dispositifs en place (la Roumanie notamment dispose d’un droit très protecteur des stagiaires), la France n’a pas trouvé beaucoup d’alliés sur le terrain de la gratification des stagiaires. Mais les discussions à l’ISO ont permis de faire cheminer les idées. « Nous avons trouvé un accord autour d'une formulation incitative », résume Celica Thellier d’Auzers.
La cofondatrice de ChooseMyCompany poursuit, avec conviction : L’emploi des jeunes, c’est un sujet de société. Bien accueillir un stagiaire et l’aider à se développer constitue pour l’entreprise une importante responsabilité, il serait dangereux de prendre le sujet à la légère. Les entreprises, comme leurs partenaires dans l’éducation supérieure, tiennent entre leurs mains le développement économique et la relation au travail de la prochaine génération de collaborateurs, managers, dirigeants, artisans et entrepreneurs !
Une responsabilité sociétale
Sana Ronda, directrice générale de Linguaphone, confirme que « l’entreprise devrait considérer un stagiaire de façon encore plus brûlante que n’importe quel autre candidat. » Et conclut : « L'entreprise est un lieu de socialisation, pas seulement un lieu de travail. C’est dans l’entreprise qu’on donne envie aux jeunes de travailler. Nous avons tous une sacrée responsabilité ! »
Bien sûr, cette responsabilité ne peut pas être portée par l’entreprise seule. Un stage réussi repose sur une relation à trois : l’organisme d’accueil, l’établissement d’enseignement et le stagiaire lui-même. L’entreprise propose un cadre clair, des missions adaptées, un tuteur disponible et des retours réguliers. L’établissement, de son côté, aide à l’orientation, s’assure de la cohérence pédagogique du stage avec le cursus, définit les compétences à développer et suit effectivement le déroulement du stage. Quant au stagiaire, jeune adulte en construction professionnelle, il doit lui aussi se préparer, s’informer, formuler ses attentes, faire preuve de diligence et alerter lorsque le stage ne correspond pas aux objectifs fixés. « C’est précisément cette co-responsabilité qui permet de sortir d’une vision purement administrative du stage pour en faire une véritable expérience d’apprentissage professionnel », souligne Sana Ronda.
La nouvelle norme cherche aujourd’hui ses nouveaux ambassadeurs : des DRH qui pourront la tester, la faire entrer dans leurs entreprises et lui permettre de connaître la diffusion qu’elle mérite.




