
Les normes, un outil d’influence mondiale au leadership disputé
Depuis deux décennies, la Chine gravit méthodiquement les échelons de la normalisation internationale, intégrant cet outil comme un levier central de sa stratégie industrielle. Ce faisant, elle dame le pion à des acteurs historiquement bien placés dans le top 5 des pays faiseurs de normes volontaires, dont la France. Le baromètre international 2026 d’AFNOR présente ce nouveau hit-parade, soulignant la nécessité de sensibiliser les entreprises tricolores à l’importance de s’impliquer en normalisation, via AFNOR : si elles n’écrivent pas les règles, d’autres le feront !
Qualité et performance
Chine : une progression continue et stratégique
Le baromètre international 2026 d’AFNOR met en lumière la dynamique chinoise dans les arènes normatives mondiales. Au sein de l’Organisation internationale de normalisation (ISO), instance majeure, la Chine s’est hissée au 2e rang mondial en nombre de comités techniques dont elle détenait le secrétariat au 31 décembre 2025, ex aequo avec les États-Unis et derrière l’Allemagne. Moyennée avec son rang à la Commission internationale des électrotechnologies (IEC), elle est 5e, juste derrière la France et le Japon.Cette stratégie offensive n’est pas le fruit du hasard. Elle permet à la Chine d’influencer directement les futures règles du jeu industrielles et commerciales. Ce positionnement résulte d’une politique nationale ambitieuse : transformer les normes volontaires en armes de conquête économique à l’échelle mondiale.
Objectif de la France : maintenir sa place dans le top 5 à l'ISO
En conséquence, la France perd des places sur le podium. Toutefois, dans ce classement, la France demeure dans le top 5 des pays animateurs et défend son rang, au coude-à-coude avec le Japon : en 2025, elle lui reprend la 4e place à l’ISO. Elle était 5e en 2024, comme nous l'expliquions ici. Subtilité : au 31 décembre 2025, comme Chine et États-Unis étaient ex aequo sur le deuxième marche, on peut positionner la France sur la troisième marche du podium ISO. Avec 82 comités animés par AFNOR, soit trois de plus qu’en 2024, la France, via AFNOR, atteint un nombre jamais obtenu depuis la création de ce classement. Un élan qui doit être conservé !
L'évolution du nombre de secrétariats de comités normatifs détenus à l'ISO par les 6 pays leaders sur dix ans :

À l’ISO, la France, via AFNOR, a pris le lead, confirmé en 2025, sur un certain nombre de sujets transversaux de management et de RSE :
nouveau comité sur les villes et communautés intelligentes et durables
- nouveau comité sur l’événementiel, dont l’événementiel responsable
- accès à la présidence (via Renault) du comité sur le management de la qualité, qui gère la célèbre ISO 9001
- accès à la présidence (via le Bureau de Recherches Géologiques et Minières) du comité sur l’exploitation minière.
De même, dans le secteur agroalimentaire, par exemple, la France est un acteur de premier plan dans la normalisation internationale, avec 17 % des responsabilités (données 2023). En 2025, elle a renforcé sa position en prenant la tête d’un comité sur l’analyse sensorielle et organoleptique des produits. La Chine, qui faisait encore jeu égal avec elle en 2022, poursuit sa progression mais reste, pour l’instant, reléguée à la 2e place.
Ce n'est pas le cas dans le domaine du transport et de la logistique : très offensive, la Chine talonne de près l’Allemagne et les États-Unis, la France occupant la 4e place des pays les plus actifs dans ce domaine (données 2023). En mars 2025, Pékin a pris la présidence d’un sous-comité de l’ISO consacré aux ports et aux terminaux. Cette prise de position s’inscrit pleinement dans la logique des Nouvelles routes de la Soie, où la normalisation devient un outil d’influence économique et géopolitique. Consciente qu’il faut rester au contact, la France a pris en 2025 la présidence d’un comité ISO sur les infrastructures ferroviaires.
Bonne nouvelle : la France se maintient dans le secteur plus spécialisé mais stratégique des électrotechnologies. À l’IEC, elle se classe 3e, derrière l’Allemagne et les États-Unis, en nombre de comités présidés. La Chine n’apparaît qu’au 6e rang mais progresse, ayant déjà dépassé l’Italie. Au niveau européen, la situation est plus rassurante : la France, toujours via AFNOR, conserve la 2e place au CEN et au CENELEC, position qu’elle occupe depuis une quinzaine d’années, derrière l’Allemagne et devant le Royaume-Uni et l’Italie.
Définir les règles du jeu pour ne pas les subir
Cette nouvelle donne internationale souligne l’urgence de préserver une forme de souveraineté. La France ne doit pas glisser d’un rôle d’acteur influent à celui de simple suiveur au sein des instances où se définissent les standards de demain. Plus largement, l’Europe doit lutter pour conserver cet outil de soft power, en ligne avec la stratégie européenne de normalisation de février 2022 défendue par l’ancien commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton. La Stratégie française de normalisation 2025-2030 décline cette ambition. Voici les cinq impératifs qui en découlent :
- Intégrer systématiquement la normalisation dans les stratégies de filières et les politiques industrielles.
- Mobiliser massivement les entreprises françaises dans les processus d’élaboration des normes.
- Former une nouvelle génération d’experts capables de défendre nos intérêts dans les instances internationales.
- Considérer la normalisation comme un levier d’accélération des transitions écologique et numérique.
- Renforcer la coordination entre acteurs publics et privés pour porter une vision française cohérente.




