Économie circulaire : les clés pour mener ses démarches avec efficacité

Economie circulaire

Économie circulaire : les clés pour mener ses démarches avec efficacité

Concept en vogue à l’heure où les ressources s’amenuisent, où les circuits courts séduisent, et où le gouvernement sort une feuille de route sur le sujet, l’économie circulaire doit faire partie de votre stratégie d’entreprise. Comment engager une telle démarche ? Quels moyens employer ? Des normes volontaires, des évaluations et des labels, des formations et des outils en ligne existent ou sont en cours d’élaboration pour vous aider. Panorama.

Economie circulaire
Avis de l'expert
un besoin d'indicateurs
bientôt des normes volontaires
environnement : les solutions afnor
Tout sur l'écolabel européen

Le 23 avril 2018, le Premier ministre et la secrétaire d’État à la Transition écologique ont présenté une feuille de route sur l’économie circulaire. Dans le même temps, l’Union européenne finalise la sienne, qui révisera quatre textes majeurs : la directive-cadre sur les déchets, celle sur les déchets d’emballages, sur la mise en décharge, et sur les déchets électriques et électroniques. Économie circulaire, quèsaco ? Ce concept né dans les années 1970 connaît un intérêt marqué depuis quelques années. Il est en effet considéré comme pertinent et efficace pour minimiser les impacts environnementaux des activités humaines, à tous points de vue : raréfaction des ressources, épuisement de la biodiversité, pollutions diverses, dérèglement climatique. De quoi s’agit-il exactement ? D’un « système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement, tout en développant le bien-être des individus », selon la définition de l’Ademe. En cela, l’économie circulaire s’oppose à l’économie linéaire : stop au triptyque infernal produire-consommer-jeter.

Pour l’Ademe, le sujet se traite sous trois angles d’attaque : gestion des déchets, offre des acteurs économiques, demande et comportement des consommateurs. Chacun de ces angles décline sept volets : approvisionnement durable ; éco-conception ; écologie industrielle et territoriale ; économie de la fonctionnalité ; consommation responsable ; allongement de la durée d’usage ; et recyclage. Signe qu’elle compte pour les autorités, l’économie circulaire est même inscrite dans la loi, en l’occurrence la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte du 18 août 2015. Et de nombreux secteurs d’activité s’approprient la démarche, comme tout dernièrement la fédération des entreprises de la beauté, qui a publié le 14 mars 2018 son livre blanc des bonnes pratiques. Jusqu’au MEDEF, dont le guide de référence (« L’économie circulaire, une stratégie de croissance et de compétitivité pour les entreprises ») date de décembre 2014.

Des normes volontaires pour une démarche efficace

Voilà pour la théorie. Car en pratique, si tout le monde comprend l’intérêt de ne plus produire, consommer et jeter sans réfléchir, passer à l’action s’avère beaucoup plus complexe. Et certains concepts peuvent sembler surfaits ou un peu vagues. Comme l’explique Emmanuelle Moesch, chargée de mission à l’Institut national de l’économie circulaire, « cette démarche est avant tout un état d’esprit, qui implique de s’interroger en permanence. Le plus important est donc de se former d’abord à ses principes avant de l’inclure à toutes les démarches de son organisation ».

Un travers assez répandu consiste à tomber dans le piège de l’effet-rebond ou du transfert de pollution. En effet, croyant agir dans le bon sens, on fait parfois encore pire. « Ce n’est pas parce qu’on met en place un pan d’économie circulaire qu’on réduit son impact sur l’environnement, souligne Emmanuelle Moesch. Ainsi, si l’on se trouve dans une zone où le bois est rare et que, pensant bien faire en utilisant un matériau renouvelable, on remplace certaines ressources par ce matériau en l’important de loin, il ne s’agit pas nécessairement d’économie circulaire » : le transport peut annihiler la plus-value environnementale.

GESTION DES DECHETS ET RECYCLAGE
Rejoindre la commission de normalisation

En l’absence de règles faisant l’unanimité, comment adopter une démarche efficace et vertueuse ? Une future norme de système de management, sur le même modèle que l’ISO 14001 pour le management de l’environnement, devrait aider les entreprises et les collectivités locales à y voir plus clair. « L’économie circulaire est l’une des thématiques prioritaires de la stratégie française de normalisation, précise Corinne del Cerro, responsable Développement pour les marchés de l’environnement et de la responsabilité sociétale au département Orientation et Développement d’AFNOR. On compte près de 700 normes liées à l’économie circulaire, la plupart transverses, et une quinzaine sont en cours d’élaboration au niveau européen, dont l’allongement de la vie des produits ou leur réparabilité. Mais il n’existe pas de norme générique dédiée. Un groupe d’experts spécifique à l’économie circulaire, formé fin 2017 au sein de la commission de normalisation “Gestion des déchets et recyclage”, s’est attelé à la tâche. »

Normalisation volontaire : un enjeu européen

Le passage à une véritable économie circulaire semble essentiel en Europe, la zone la plus structurellement dépendante de ressources venues d’autres continents. D’où l’importance de sortir une norme volontaire, insiste François-Michel Lambert, président et fondateur de l’Institut national de l’économie circulaire : « Il faut profiter des failles du modèle actuel pour saisir les opportunités. Une norme cadrant le management de l’économie circulaire dans l’entreprise consoliderait toutes les démarches individuelles. Prenons l’exemple de l’automobile. Aujourd’hui, une voiture est immobilisée 90 % du temps et occupée en moyenne par 1,4 personne. Demain, nous aurons des véhicules partagés, des robots-taxis. Nous serons à la croisée entre voiture particulière et transport public. Avec une tonne de matière, on rendra beaucoup plus de services de mobilité ! Il s’agit donc bien de rupture organisationnelle, donc d’un nouveau management. C’est ce nouveau management qu’il faut mettre en œuvre, de façon structurée, donc normalisée. »

En attendant la naissance d’un standard, rappelons que le paysage normatif couvre déjà certains pans de l’économie circulaire, par exemple les achats responsables (norme ISO 20400), la qualité des composts, l’économie de la fonctionnalité, l’éco-conception ou encore les bioplastiques. Sans oublier des projets de normes volontaires sur l’obsolescence programmée et la consigne. Et qui dit normes, dit aussi indicateurs de suivi : l’Institut national de l’économie circulaire a engagé, avec l’association Entreprises pour l’environnement, un travail de centralisation de ces outils, qui devrait aider les acteurs économiques dans leur démarche.

MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL
Acheter la norme NF EN ISO 14006

Des outils ludiques et informatifs complémentaires

Outre la normalisation, d’autres outils peuvent aider à déployer, cadrer ou améliorer un projet d’économie circulaire. Sur ce terrain, les publications de l’association Orée font référence. Du côté du groupe AFNOR, qui est lui-même adhérent d’Orée, le livre 100 questions sur l’économie circulaire (AFNOR Éditions, 2016) apporte des réponses synthétiques et claires à toutes vos interrogations sur les enjeux, méthodes et moyens existants. L’économie circulaire est également au menu d’AFNOR Compétences, la filiale formation du groupe. Son catalogue 2018 propose un programme d’une journée intitulé « Économie circulaire : comprendre et créer votre modèle économique innovant ». L’originalité de cette formation transversale est son côté ludique et très concret. « Après avoir rappelé les grandes lignes directrices de l’économie circulaire, je fais toucher du doigt la réalité aux participants via un business game, précise Ivan Grenetier, formateur NuevoMund. Les participants s’inspirent d’un cas pratique et d’une mise en situation pour trouver ensemble des idées d’orientation vers cette démarche vertueuse. » Le principe ? Entrer en mode projet pour faire évoluer le business model d’une entreprise (partenaires, activités, valeur ajoutée, etc.) vers plus de circularité : comment recycler et valoriser les produits en fin de vie, comment changer un produit en service, etc.

Le groupe AFNOR a aussi déployé une gamme de baromètres permettant de s’intercomparer sur deux des thématiques connexes à l’économie circulaire : la performance environnementale et les achats responsables. C’est la gamme de baromètres Indiko. « En renseignant en ligne un certain nombre d’indicateurs, on se fait une idée de sa consommation de déchets ou de son taux de recyclage. Pour les achats responsables, il peut s’agir du nombre de fournisseurs locaux, des délais de paiement, du nombre de litiges, etc., explique Arnaud Chardon, chef de produit Indiko. Le plus : la possibilité de se comparer à d’autres, au sein de son secteur d’activité ou par rapport à un autre. » Idée sous-jacente : c’est en se benchmarkant, donc en se situant sur une échelle de progrès, que naît la volonté de s’améliorer. En accès libre et gratuit pour sa version de base, l’outil se présente comme une solution de gestion évolutive (historique, analyse des données dans le temps, ajout d’autres indicateurs, etc.) qui s’affine au fil des contributions : plus les entreprises sont nombreuses à renseigner leurs indicateurs, plus la base de données est fine et fait ressortir des classements pertinents.

Des signes de reconnaissance pour afficher votre engagement

Après le diagnostic, la reconnaissance : pour les entreprises désireuses d’aller plus loin après avoir « pris la température » et d’afficher leur engagement, AFNOR Certification propose des solutions spécifiques. Si vous faites de l’économie circulaire, proclamez-le haut et fort, avec un signe de confiance qu’un un organisme tiers indépendant vous remettra après audit ou évaluation ! En effet, pour se démarquer et séduire leurs clients et usagers, de plus en plus d’entreprises et d’acteurs territoriaux cherchent à faire reconnaître leur démarche d’économie circulaire au moyen de signes distinctifs, basés ou non sur des normes volontaires, comme la célèbre certification AFAQ ISO 14001 pour les systèmes de management environnemental.

Plusieurs de ces marques de distinction sont d’ailleurs citées dans la feuille de route gouvernementale, dont l’Écolabel européen, créé en 1992. Aujourd’hui, 54 000 produits en sont porteurs en Europe, et c’est la France qui en compte le plus, après l’Italie, comme cela a été rappelé le 13 mars dernier lors de la célébration des vingt-cinq ans du petit logo à fleur, sur le parvis de la Défense.

Dans l’entreprise, ces signes distinctifs peuvent intéresser les départements Achats, des services qui, en privilégiant des fournisseurs de produits issus du recyclage ou des fournisseurs qui s’engagent à récupérer les produits en fin de vie pour en assurer le recyclage localement, viennent souvent à l’économie circulaire comme monsieur Jourdain fait de la prose : sans le savoir. « Le groupe AFNOR a investi le champ de l’accompagnement aux achats responsables aussi bien côté acheteur que côté fournisseur : cartographie des risques de RSE pour les fournisseurs, plateforme d’évaluation et de sélection de ces derniers, outils d’évaluation de la performance RSE des services achats, avec à la clé soit le label RFR (Relations fournisseurs responsables), soit AFAQ 20400, basée sur la norme ISO du même nom », énumère Mélodie Merenda, chef de projet RSE chez AFNOR Certification.

Citons aussi AFAQ Biodiversité, qui évalue la maturité d’une démarche de protection et de prise en compte de la biodiversité dans les activités de l’entreprise, et surtout AFAQ Éco-conception, la plus proche des fondements de l’économie circulaire. « Cette évaluation propose plusieurs solutions qui répondent aux préoccupations gouvernementales, reprend Mélodie Merenda. Par exemple, allonger la durée de vie des produits, penser systématiquement à la fin de vie dès la phase de conception du produit, ou incorporer davantage de matières premières issues du recyclage dans un produit neuf. » Enfin, le label TEEC (Transition énergétique et écologique pour le climat), lui aussi cité par le ministère (qui l’a créé en 2015), garantit l’orientation des investissements vers le financement de la transition écologique et énergétique. La finance verte inspire d’ailleurs même la Commission européenne, qui a présenté son plan dédié début mars 2018, avec notamment un projet de label pour les produits financiers écologiques. Les décideurs semblent donc en convenir : l’avenir sera circulaire ou… ne sera pas.

TRANSITION ENERGETIQUE
Découvrir le label TEEC

3 QUESTIONS A CHRISTIAN LEVY, VICE-PRESIDENT DU COMITE STRATEGIQUE ENVIRONNEMENT ET RSE AU SEIN D’AFNOR NORMALISATION ET MEMBRE DU CGEDD (CONSEIL GENERAL DE L’ENVIRONNEMENT ET DU DEVELOPPEMENT DURABLE)

Photo de Christian Levy, vice-président du comité stratégique Environnement et RSE au sein d'AFNOR NormalisationVous animez un groupe d’experts (AFNOR, entreprises, fédérations professionnelles, etc.) pour élaborer une norme de management dédiée à l’économie circulaire. Où en êtes-vous ?

Tout est parti en 2017 de la décision du comité stratégique d’AFNOR d’élaborer un document-cadre pour aider les profezssionnels siégeant dans les commissions de normalisation à prendre en compte l’économie circulaire. Un groupe de travail comptant des représentants des entreprises de notre comité stratégique ont rédigé un document définissant l’économie circulaire et listant les domaines d’action, les incidences, etc. Les entreprises membres ont trouvé cette grille très utile, non seulement pour l’approche normative mais aussi pour propres projets opérationnels. D’où l’idée d’élaborer une norme volontaire donnant des lignes directrices pour le management de projets participant à l’économie circulaire, dans le même esprit que celles portant sur le management de la qualité, de l’environnement ou de l’énergie. Notre première réunion de travail, qui comptait plus de 50 personnes, a eu lieu le 29 janvier. Le comité stratégique de l’agroalimentaire, qui a appliqué la grille à la production de gelée royale, et les cimentiers, qui ont eux aussi testé la trame, ont relaté leur expérience. Un premier projet de norme et un échéancier pour la fin 2019 ont été établis. Le 8 mars dernier, une deuxième plénière a réuni une quarantaine de participants motivés et proactifs.

Quel est votre objectif ?

Nous souhaitons que la France propose un projet de norme volontaire d’ici à fin 2018 sur le plan européen, voire international au sein de l’ISO. Le texte reprendrait les trois objectifs de l’économie circulaire et les sept domaines d’action définis par l’Ademe, enrichis. Toute entreprise qui souhaite engager une démarche liée à l’économie circulaire pourrait ainsi appliquer cette grille d’analyse croisée, qui compte 21 points, avec l’assurance qu’elle parle le même langage que sa voisine. Plusieurs fédérations professionnelles, qui vont passer leurs projets au crible du projet de norme, devaient nous faire part de leurs conclusions à la plénière d’avril.

Quel est le calendrier ?

Il est très serré, mais c’est jouable ! Nous enverrons le pré-document normatif en septembre aux instances internationales pour décision. Parallèlement, nous le testerons auprès des partenaires européens pour voir s’ils veulent se joindre à nous. Nous réfléchissons aussi à une participation au G7, présidé par la France en 2019 : l’un des thèmes pourrait être l’économie circulaire. Nous pourrions organiser des ateliers et échanger sur le projet de norme.

Indicateurs de suivi : un guide pour mieux choisir

économie circulaireQuels indicateurs utiliser pour savoir si une démarche fait œuvre d’économie circulaire ? En 2017, l’Institut national de l’économie circulaire a lancé un groupe de travail avec l’association Entreprises pour l’environnement (EPE). « En passant en revue la littérature académique, on s’aperçoit que ce sont les indicateurs produits qui dominent, or cela ne convient pas aux entreprises proposant des services », explique Emmanuelle Moesch, chargée de mission à l’IEC.

Certaines sociétés ont mis en place des indicateurs pour elles-mêmes (quantifier la durée de vie de leurs produits, le taux de réutilisation des matières dans leurs produits, etc.), mais cela reste partiel. Une forte proportion d’indicateurs concerne l’aval de la chaîne, notamment les déchets. Pour l’amont, on recense le suivi des progrès en éco-conception, même si cette démarche reste difficile à mesurer. D’autres d’indicateurs mesurent les démarches d’écologie industrielle et territoriale, mais on manque d’indicateurs pour l’entreprise qui aient un sens à une échelle globale. Un guide offrant un panorama de ces indicateurs est attendu pour octobre 2018, avec prise en compte de l’effet rebond. « Il sera très complémentaire du travail actuellement mené au sein d’AFNOR pour élaborer une norme de système de management », commente Emmanuelle Moesch.

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