Responsables QSE : radiographie d’une fonction-clé

Etude : carrière et salaires QSE

Le groupe AFNOR a mené pour Parcours Croisés, le réseau social des pros de la sphère QSE, une grande enquête auprès de ses 17 000 membres pour en savoir plus sur leur cursus, leurs missions ou encore leur rémunération. Portrait-robot d’un métier qui se professionnalise et devient stratégique dans les organisations.

infographie qui montre le niveau d'études des professionnels QSEProfessionnalisation : c’est le premier enseignement de la grande étude menée par le groupe AFNOR pour Parcours Croisés, le réseau social des responsables QSE français, auprès de ses 17 000 membres de la communauté qualité-sécurité-environnement. 99,7 % sont diplômés, en grande majorité d’une formation spécialisée QSE (deux sur trois), dont 70 % au niveau bac + 4 ou plus. À titre de comparaison, ils n’étaient que 55 % à détenir un niveau de diplôme équivalent en 2010, une augmentation qui peut s’expliquer par le rajeunissement du métier. Aujourd’hui, l’âge moyen de la profession s’élève à 39 ans, contre 40 ans en 2010. Et 19 % des RQSE ont moins de 30 ans. « Une double formation est nécessaire pour les QSE de demain : formation technique pour maîtriser les outils, gérer les mécanismes d’audits et acquérir une expertise reconnue dans ces domaines. Et formation en management pour savoir utiliser les ressources relationnelles et être pédagogue afin de faire évoluer les pratiques autour de soi, en gardant toujours en tête la notion de performance », commente à ce sujet Alexis Roche, maître de conférences et responsable du master CIPG de l’IAE Lyon.

La QSE, métier d’hommes ou de femmes ? La répartition s’est inversée entre 2010 et 2018 : partant de 48 % en 2010, la proportion de femmes s’élève maintenant à 54 %. « Les femmes restent cependant minoritaires aux postes à responsabilités, nuance Karine Georges, en charge des études pour le groupe AFNOR. On compte par exemple 62 % d’hommes à des postes de directeur. Mais les différences s’estomperont peu à peu, car les 54 % de femmes exerçant en QSE sont aussi plus jeunes (37 ans en moyenne versus 41 ans chez les hommes) et plus nombreuses à avoir obtenu un diplôme QSE (70 % contre 62 % des hommes). Elles seront donc, un jour ou l’autre, amenées à évoluer. »

Responsables QSE : fidélité et ancienneté

Avec en moyenne neuf ans et demi d’ancienneté dans l’univers QSE, les professionnels du secteur sont de plus en plus expérimentés et prouvent leur attachement à leur métier… Mais aussi leur fidélité à leur entreprise : ils n’ont exercé, en moyenne, que dans deux organisations différentes. Une stabilité qui peut s’expliquer par la nature des contrats : 94 % de CDI et 95 % de temps plein, avec un statut de cadre dans 67 % des cas. La moitié des répondants sont des managers.

Autre clef d’explication : l’intérêt pour le poste. Ces trois dernières années, deux personnes interrogées sur trois ont vu leurs missions s’enrichir, le plus souvent à la faveur d’une réorganisation de l’entreprise. Parmi ces activités enrichissantes : le fait d’être impliqué.e dans des missions d’audit est souvent cité : 85 % des QSE le sont, le plus souvent en audit interne (72 % contre 13 % en audit externe). Le fait de disposer d’un champ d’action ouvert sur l’international est aussi une source d’enrichissement, mais peu le vivent au quotidien : 70 % des QSE exercent leurs activités à l’intérieur des frontières nationales.  Enfin, les pros de la QSE aiment toucher à plusieurs sujets : qualité, sécurité, risques, environnement sont, en toute logique, ceux auxquels ils se frottent au quotidien, mais leur champ d’action flirte parfois également à l’excellence de service ou l’hygiène, voire, dans une moindre mesure, à la QVT, la RSE ou l’énergie.

Et côté rémunération ? Le salaire annuel fixe moyen s’élève à 41 000 € bruts. Cette valeur recouvre une multitude de réalités. À noter, comme dans les autres professions, une disparité de sensible entre les hommes (44,5 k€) et les femmes (38 k€). Sans surprise, plus les pros de la QSE sont diplômés, mieux ils sont payés. Une différence qui ne s’estompe pas avec l’expérience. Enfin, industrie ou tertiaire, secteur public ou privé : l’enquête ne révèle pas d’écarts significatifs sur la rémunération selon le domaine d’activité. En revanche, la taille de la structure et sa localisation, en région parisienne ou en province, constituent des facteurs plus impactants. En complément, 47 % des répondants indiquent toucher également une rémunération variable, sous forme d’intéressement, de participation ou de bonus liés à l’atteinte des objectifs ou au mérite : en moyenne, 5 500 € brut chaque année.

Pros de la QSE : une forte satisfaction sur les postes à responsabilité

Mais au final, les QSE sont-ils satisfaits de leur travail ? Sur 10, les personnes interrogées donnent la note de 6,43. Un chiffre moyen qui masque de profondes disparités. Si l’intérêt du poste décroche un 8,27 sur 10, la rémunération atteint un modeste 5,37. Autres frustrations : l’implication dans les sujets stratégiques, qui pourrait être plus forte (5,79), et les perspectives d’évolution en interne (5,82). En revanche, les relations avec le manager (7,66) et la possibilité de monter en compétences (7,4) séduisent. Plus on monte dans la hiérarchie, plus les attributions sont grandes, plus on trouve des QSE satisfaits.

Ce qu’attendent les personnes interrogées à l’avenir, c’est avant tout une meilleure reconnaissance et une plus forte implication de leur direction sur les sujets QSE. Un mouvement qui s’enclenche ! « Le responsable QSE devient un personnage central. Ses outils, sa méthodologie et son regard à 360 degrés contribuent à le placer de plus en plus haut dans les sphères organisationnelles. C’est un pont entre la gouvernance de l’entreprise et l’opérationnel », commente Benoît Grossiord, enseignant-chercheur à Bordeaux Sciences Agro. Et pour l’accompagner, ils peuvent compter sur ce qui constitue, selon eux, les qualités indispensables d’un responsable QSE : adaptabilité, rigueur et communication.

Méthodologie

Parcours Croisés, réseau social des pros de la QSE, a mené son enquête, avec l’aide du groupe AFNOR, tout au long du mois d’octobre 2018, en offrant à ses 17 000 membres professionnels la possibilité de répondre à un questionnaire de 10 à 15 minutes. 3 180 d’entre eux ont répondu, avec un total de 2 840 questionnaires exploitables, c’est-à-dire entièrement complétés. De quoi garantir un échantillon fiable et représentatif du métier. « Notre objectif : mieux connaître les trajectoires, les carrières et les évolutions de ces professionnels, avec l’ambition de suivre cette mesure dans le temps en la confrontant à d’autres enquêtes régulières. Il était indispensable de recueillir le témoignage de profils très variés, afin de coller à la réalité du marché : qu’ils ou elles soient responsables, directeurs.trices, animateurs.trices, technicien.ne.s, assistant.e.s, ingénieur.e.s; en charge des trois thématiques QSE, de l’une d’entre elles ou d’un autre mix de thématiques proches », explique Karine Georges, en charge des études au sein du groupe AFNOR. L’enquête menée en 2018 peut être confrontée à celle de 2010 en ceci qu’elle comporte des questions similaires.

« QSE, une fonction de plus en plus stratégique »

Benoît Grossiord, enseignant-chercheur, spécialiste en management QRSE des filières alimentaires à Bordeaux Sciences Agro, décrypte l’étude de Parcours Croisés en trois question-réponses.

Quel enseignement majeur tirez-vous de cette étude ?

Pour moi, le plus frappant est de constater à quel point la fonction de responsable QSE occupe une position de plus en plus stratégique dans les entreprises. Il y a encore quelques années, il s’agissait essentiellement d’un poste technique qui chapeautait tout ce que la direction mettait derrière la notion « d’assurance qualité ». La donne a changé. Aujourd’hui le responsable QSE devient un personnage central. Ses outils, sa méthodologie et son regard à 360 degrés contribuent à le placer de plus en plus haut dans les sphères organisationnelles. C’est un pont entre la gouvernance de l’entreprise et l’opérationnel.

Comment ce changement s’est-il opéré ?

Les entreprises sont confrontées à des exigences, réglementaires ou non, de plus en plus fortes et variées, notamment en matière de RSE. Je le vois dans le domaine alimentaire. Auparavant, il suffisait de proposer au consommateur un produit sain et bon. Désormais, bien d’autres dimensions entrent en compte : le respect de l’environnement, la nature de l’élevage, la prise en compte de la biodiversité, etc. Pour répondre à ces nouvelles demandes, seul le responsable QSE dispose d’outils adéquats et de méthodes adaptables au contexte de l’entreprise. Il s’impose naturellement comme un interlocuteur central qui anime les différents services et favorise la communication. Sa vision globale incite les parties prenantes à se tourner vers lui.

Comment cela va-t-il se prolonger dans les années à venir ?

Pour moi, ce mouvement ne fait que commencer. En entreprise, la prise en compte des risques et la volonté d’amélioration continue sont devenues essentielles. Le RQSE est amené à devenir un pilier de la stratégie de l’organisation. Aujourd’hui, qui mieux que le responsable QSE maîtrise aussi bien l’écosystème d’une entreprise, avec ses risques et opportunités ? Longtemps vu comme un empêcheur de tourner en rond, le RQSE va devenir un apporteur de réponses concrètes et adaptées, qui anime et sensibilise toute l’organisation. Ce mouvement se perçoit déjà dans les filières agricoles et alimentaires, où les problématiques sociétales sont très présentes. Je suis profondément optimiste quant à l’avenir du RQSE, incontournable dans les multinationales comme dans les PME. Sa maîtrise des outils de la performance et de l’amélioration continue, associée à un savoir-être et de grandes qualités humaines, fera de lui un acteur au leadership incontournable.