RSE : suivez la voie tracée par les pionniers

Comment le G7 prend-il en compte l’égalité femmes-hommes et revendique la qualité d’évènement éco-socio-responsable ? Ces deux initiatives tracent un sillon positif, à plus d’un titre. Elles montrent qu’une organisation ne peut plus faire l’économie de se positionner par rapport à des enjeux sociaux et environnementaux.

Par Olivier Peyrat, directeur général du groupe AFNOR

L’engagement pris au sommet de l’Etat pour obtenir un label sur l’égalité femmes-hommes et une certification éco-socio-responsable dans le cadre de l’organisation du G7 est un signal fort. Comme les entreprises, les acteurs publics ne peuvent faire abstraction des enjeux sociaux et environnementaux de leurs activités. Le fond et la forme doivent s’accorder. Pour gagner ainsi en cohérence, et donc en confiance, ces acteurs, petits et grands, peuvent compter sur les normes volontaires que nous publions et les signes de reconnaissance qui sont fondés sur des référentiels publiés.

Hier imaginées pour harmoniser des spécifications de produits et structurer les filières électriques ou mécaniques, les normes volontaires apportent aujourd’hui des repères sur un ensemble très large de sujets socio-économiques : formation professionnelle, origine géographique des produits, aménagement durable des territoires, économie circulaire…  Curieux objet que la norme volontaire, assimilée à tort à la contrainte réglementaire, mais tellement utile ! Une norme volontaire recueille et structure de bonnes pratiques, propose un cadre pour agir, des méthodologies qui font référence, un langage commun. Saluons ici toutes celles et ceux qui acceptent de faire vivre la culture du consensus, en partageant leur expertise dans des commissions de normalisation. Ils sont ainsi près de 19 000 chaque année à coécrire, avec notre concours, les normes volontaires qui seront utilisées demain par la collectivité. Ces normes ont vocation à refléter les usages, tout en constituent un outil de dialogue et d’intelligence économique de premier plan, puisque 90 % des normes volontaires sont élaborées à l’échelle européenne ou internationale.

Agir par filières 

Agir bien et le dire ne suffit plus. Comme l’actualité le montre depuis une décennie, une auto-déclaration sera toujours moins fiable que l’avis d’un tiers indépendant et crédible. Les organisations l’ont bien compris, comme par exemple pour démontrer des engagements en matière de prévention de la biodiversité. Ce mécanisme sera probablement privilégié pour expliquer leur « raison d’être ». La loi Pacte, relative à la croissance et à la transformation des entreprises, définitivement adoptée le 11 avril par les députés, les y encouragera. Bien des filières ont anticipé ces enjeux, désormais inscrits dans le Code civil. Les entreprises du BTP et de l’agroalimentaire ont été parmi les premières à le faire. Si toutes ne sont pas (encore !) exemplaires en la matière, certaines entreprises jouent le rôle de locomotives, comme en témoigne leur participation à l’expérimentation de labels sectoriels de responsabilité sociétale d’entreprises, portée par la Plateforme RSE. Défini par la norme internationale ISO 26000 il y a maintenant neuf ans, le concept de responsabilité sociétale des organisations / des entreprises (RSO/RSE) se concrétise chaque jour un peu plus, comme en témoigne l’usage désormais répandu du terme « parties prenantes », auparavant délaissé.

L’intérêt suscité par le label Engagé RSE en dit long, lui aussi. Obtenu par près de 500 organisations, il témoigne de la nécessité impérieuse de faire valoir un savoir-faire, sous le sceau de l’objectivité et de l’impartialité. En incluant les parties prenantes au périmètre d’évaluation, ce label fournit aux organisations un moyen de questionner leurs méthodes, de structurer leurs projets et de rendre compte de leurs actions, en cohérence avec les fameux ODD, les objectifs de développement durable définis par les Nations-Unies.

Aux organisations, encore une fois, de choisir où elles placent le curseur dans leur communication, pourquoi pas en prenant les devants en signalant aussi leurs pistes de progrès. Les rapports d’évaluation qui leur sont remis le permettent.

S’améliorer, encore et toujours

L’intérêt premier des labels sociaux et de RSE que nous délivrons est bien d’amener les organisations à progresser, en faisant comprendre la réalité et la sincérité de leurs engagements. Les labels Diversité et Egalité professionnelle entre les femmes et les hommes, affichés par des entreprises et plusieurs organes publics, sont en cela des outils intéressants. Nous devons continuer à les faire connaître, en démêlant le vrai du faux. Non, ces labels n’indiquent pas que l’organisme labellisé serait exemplaire en la matière. Oui, ils signalent l’existence d’un socle solide, ainsi qu’un engagement réel à progresser, en mettant en place une organisation optimale – selon les 250 critères des cahiers des charges portés par l’Etat – pour s’améliorer sur ces questions précises. Pour en attester, des évaluations régulières sont réalisées, en toute indépendance. Elles permettent d’indiquer, ou non, aux commissions nationales de chacun des labels si les moyens mobilisés sont pertinents pour atteindre les objectifs que se sont eux-mêmes fixés les titulaires.

Sur ce sujet comme bien d’autres, il n’existe pas une seule manière de « bien faire ». La réglementation oriente les organisations vers un chemin plus vertueux, c’est un fait. Les normes volontaires, tout comme les dispositifs de reconnaissance que nous gérons, sont des outils pertinents pour baliser ce chemin. Tout en laissant le champ libre aux innovations.